Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /Déc /2008 23:11

Puis, alors que le bruit s’éloignait et que la nuit s’épanouissait, il se laissa gagner par le confort d’un silence à peine troublé par le clapotis de sa tentatrice qui barbotait dans la baignoire.

Paupières closes, il révait d’un monde où les farfadets peuvent être aimés des sorcières ; où la laideur n’est plus souffrance ; où de douces lévres parfois se posent sur des bouches ingrates.

Il  s’en allait ainsi, un sourire sur les lèvres, la guitare sur les genoux.

 

Mais il fut brutalement éveillé par les cris perçants de La Peste :

 

« Ca y’est Tom Pouce ! Je suis propre, allons grailler ! »

 

Elle se tenait sur le pas de la porte, et elle était magnifique.

 

L’ébène de son pyjama de soie embellissait le nacre de sa peau. Ses longs cheveux blonds,  propres et ondulés, soulignaient son tendre visage d’un halo scintillant. Un maquillage subtil renforçait la profondeur de son regard et la douceur de sa bouche.

Ses oripeaux quittés, elle laissait deviner l’harmonie de ses courbes. Les bottes en peau de hamster séché dessinaient ses pieds délicats.

Sa beauté n’était en rien altérée par les gargouillis disgracieux de son ventre affamé.

 

Timidement, Jojo la devança jusqu'à la salle à manger, et l’invita à s’asseoir sur l’une des chaises en chocolat. Il s’installa en face d’elle.

Tandis que la souris d’hotel servait La Peste, le farfadet se contenta de remplir son assiette des glands ramassés dans la journée. Sans dire mot, la sorcière dévora l’entrée, une salade de pommes de pins et de cuisses de mulot, tout en se désaltérant d’un délicieux vin de cerises. De temps en temps, un rot péniblement étouffé traduisait sa satisfaction. Ignorant la serviette en papier recyclé disposée à côté de l’assiette, elle essuyait ses lêvres pulpeuses d’un revers de manche ; peu importait, les taches n’étaient pas visibles sur le pyjama noir.(néanmoins, dans leur bocal au fond du sac de La Peste, les cendres de sa défunte mère se lamentaient du manque de savoir vivre de leur fille chérie). La salade fut suivie d’un ragoût de marmotte au coulis d’églantine, tout aussi appétissant, que la sorcière engloutit de bon cœur, toujours en silence, tandis que Jojo, qui avait fini ses glands, la contemplait d’un œil amusé. Comment un corps aussi délicat pouvait-il ingurgiter une telle quantité de nourriture ?

L’énorme portion de fromage de mouflon ne lui posa guère de soucis, pas plus que la glace aux orties, et ce fut dans un dernier rot sonore que La Peste parla enfin pour réclamer du café. On entendit alors la souris d’hotel en colère, moustache et queue hérissées, grommeler :

« Va le moudre toi-même maudite blonde vorace ! »

Vexée, La Peste s’irrita :

         « Eh oh Quasimodo

         Fais donc taire ton rat

         Ou je m’en sers presto

         Pour touiller le kawa ».

 

« S’il te plait, peux tu montrer un peu de compassion ? Ces pauvres créatures se sont mises en quatre pour toi, sans que tu daignes les remercier. Et  si tu pouvais cesser de m’affubler de sobriquets méprisants, je t’en serais reconnaissant ».

 

Génée, La Peste se rendit à la cuisine pour préparer le café afin de se faire pardonner. Ne sachant trop se servir de l’antique cafetière, elle versa la totalité du grain contenu dans une boîte en fer blanc.

Elle servit une tasse encore fumante à son hôte et s’assis avec la sienne à côté de lui.

Le farfadet grimaça lorsqu’il trempa ses lèvres dans la mixture brûlante.

 

« Ouh la ! costaud ton café ! » s’exclama t’il tout en roulant une cigarette d’herbe à rires.

« Permets tu que l’on discute un peu avant que tu n’ailles te coucher ? 

-Bien sur, que veux tu savoir ? »

 

Je voudrais ici avertir le lecteur que la conversation entre nos deux protagonistes promets d’être longue, d’autant que le café extrèmement corsé risque de les maintenir éveillés une bonne partie de la nuit.

Je me permettrais donc de vous conseiller de suivre leur exemple : servez-vous un bon café (ou un thé, ou un whisky), allumez éventuellement une cigarette (pas sur que ce soit un conseil judicieux) et accrochez vous…
Par jojodi
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 12:09

La cabane était donc faite de rondins de chêne et de sapin, isolée avec de la boue et des feuilles. A l’extérieur, elle semblait minuscule, mais, lorsqu’on en franchissait le seuil, un charme étrange opérait, et l’on pénétrait alors dans une vaste demeure.

La porte d’entrée s’ouvrit donc sur une grande piéce, qui faisait office de salon et de salle manger. Ses murs étaient recouverts de draperies aux couleurs chaudes et apaisantes, mauves, noires et rouges.

Au centre, un sofa moelleux promettait un doux repos ; à ses pieds, un épais tapis sur lequel un vieux chat ronronnait. A côté du sofa, était placée une belle table en verre sur laquelle deux fée miniatures et espiégles dansaient la farandole. Le chat, trop âgé et rouillé, les observait en se léchant les babines, révant de les croquer pour le diner. « Bienvenue ! » lança l’une des fées, d’une voix pétillante, interrompant sa danse. L’autre, téméraire, voleta jusqu’à La Peste, et déposa un baiser léger comme une bulle sur sa joue crottée.

A l’extrémité nord de la piéce, une cascade d’eau pure tombait du plafond.. Eclairée par une jarre transparente remplie de lucioles, elle formait un somptueux rideau lumineux qui séparait le salon de la salle à manger.

Dans celle-ci , sur une grande table d’opale, des souris en livraie dressaient le couvert, sous les ordres d’un vieux rat ronchon et bedonnant.

Les chaises étaient faites de blocs de chocolat pétrifié, et agrémentées de coussins en réglisse.

Au dessus de la table, il n’y avait, en guise de plafond, qu’une mince feuille de cristal qui laissait apparaître la voûte céleste.

Le chauffage était assuré (comme dans toutes les autres pièces se rendrait-elle bientôt compte) par une vaste cheminée, dans laquelle un feu magique crépitait.

 

De la salle à manger, une porte donnais sur la cuisine, dans laquelle les cuisiniers, des phacochères velus, s’affairaient.

Ici point de fourneaux sophistiqués, les repas étaient préparés dans d’innombrables chaudrons de cuivre qui jonchaient la piéce.

Du four, lui parvint un délicieux fumet de gateaux à la citrouille ( « miam, cela va me changer des etouffes-sorciere de Garth ! »).

 

De l’autre cöté de la cabane, Jojo la conduisit jusquà la salle de bain. Celle –ci comportait une vasque en nacre et une baignoire de porcelaine. L’eau était acheminée, selon les besoins, par deux minuscules sirènes, dans de grandes jarres en terre cuite.

 

Enfin, elle découvrit la chambre à coucher. IL n’y avait pas de véritable lit, mais une modeste natte sur le sol, et un seul oreiller. Cependant, lorsque, sur l’invitation du farfadet, elle s’allongea sur cette couche rudimentaire, elle constata avec stupeur qu’elle n’avait jamais connu de lit plus confortable. Quelle étrange magie opérait donc dans cette demeure ?

Sur le mur derriére la natte, était accroché un cadre fait de pâtes et de grains de riz, et qui contenait la photo d’un petit poussin noir avec une coquille d’œuf sur la tête ; sans doute quelqu’un que jojo admirait.

L’éclairage de toutes les pièces était assurée par des milliers de toutes petites ampoules incrustées dans le plafond.

Jojo lui expliqua que l’électricité était fournie par un système de dynamo, grâce au concours d’un gnome épileptique qui pédalait sans relâche sur une vieille bicyclette reliée au réseau électrique.

Cependant, aux yeux de la sorcière, il manquait quelque chose au confort de cette demeure :

 

« Il n’y a donc pas de télé dans ton palace ? 

 

-           Bien sur que si, viens voir ici »

 

Jojo claqua des doigts, le mur en face du lit pivota, et dévoila un téléviseur dernier cri, écran plat de quarante deux pouces, haute définition, avec contraste dynamique 66000 :1 ; doté du traitement Pixel Plus  3HD et du système Virtual Dolby Digital. .

 

La Peste était abasourdie, mais l’heure n’était pas aux questions ; il lui fallait sans tarder se doucher, sous peine de succomber aux relents de moississure qui émanaient de son corps meurtri.

 

Jojo la pria d’attendre quelques instants. Il courut à la buanderie attenante à la cuisine et demanda aux vers à soie de lui tisser sans tarder un pyjama confortable. Puis il redescendit prestement en bas du chêne pour récupérer la valise abandonnée. Ceci fait, il lui donna un serviette et l’accompagna  à la salle de bain, où un beau pyjama en soie violette l’attendait. Il demanda aux sirènes de prendre soin d’elle.

Malgré la tentation, il ne la regarda pas se devetir pour entrer dans la baignoire remplie d’eau chaude et de sels aux parfums envoûtants.

 

Il décida de la jouer poete maudit et romantique ; il prit sa guitare,une brassée d’herbe à rires, s’assit en tailleur sur le bord de la terrasse pour observer le coucher du soleil. Alors que le crépuscule s’annonçait, il composait une douce mélodie, qu’il se mit a fredonner :

«  If you want a lover

I’ll do anything you ask me to

And if you want another kind of love

I’ll wear a mask for you

If you want a partner

Take my hand

Or if you want to strike me down in anger

Here I stand

I’m your man. »

 

Il  la chantait d’une voix grave, c’est ainsi que font les vrais crooners. L’arrivée des étoiles, la musique, l’herbe, apaisaient et ouvraient son esprit ; il songeait à la situation dans laquelle il était plongé.

 

Il était manifestement sous l’emprise d’une belle sorcière, moins terrifiante qu’il ne l’aurait cru, et il n’avais pas vraiment envie d’échapper a ce charme. Pour une fois, il se sentait utile, il voulait l’aider, quelque soit sa quête et les dangers encourus. Bien sûr, il s’attendait à souffrir ; il ne fallait pas se leurrer , il savait qu’elle le quitterait un jour, lorsqu’elle n’aurait  plus besoin de lui.  Il n’était qu’un misérable farfadet sans envergure, elle était une sorcière dont la destinée lui échappait. Il l’aimerait en silence, et l’aiderait du mieux qu’il pourrait. Quand tout serait fini, il retournerait  à sa vie monotone, mais garderait en lui tous les instants vécus. L’occasion de vivres des moments execptionnels bien qu’éphémères lui était offerte, il saurait la saisir quoiqu’il en coute. Sa décision était ainsi faite.

 

Il fut soudian interrompu dans ses pensées par le vacrame d’arbres déracinés, au loin. Il s’agissait sans doute de l’ogre Gash qui rôdait, à la recherche d’une proie. Pourvu qu’il ne s’approcha pas trop.
Par jojodi
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 12:07

Ce n’était qu’une minuscule clairière au beau milieu d’une vaste forêt, la visite promettait d’être courte. Malgré la crainte qu’elle lui inspirait, il décida de se montrer coopérant.

 

 

« - c’est un peu triste par ici, remarqua La Peste, pourquoi tous ces arbres ont-ils l’air si malades ?

 

-ils souffrent d’une maladie inconnue, qui touche également les animaux ; ils sont sous ma surveillance, je suis chargé de découvrir la nature de cette maladie et de les soigner, mais il faut bien avouer que, pour l’instant, je patauge. J’attends les résultats d’examens de prélèvement d’écorce et de sève que j’ai réalisés il y a quelque jours.

 

-mais es tu seul ? Il n’y a personne pour t’aider ?

 

-au début j’étais accompagné d’un sous fifre qui se chargeait des basses besognes, mais il s’est enfui car je râlai trop sur lui.

Vois-tu ces pauvres écureuils qui pourrissent dans la mousse ? C’est le même mal qui les ronge… »

 

A mesure qu’ils s’enfonçaient dans la forêt, La Peste réalisait combien les arbres lui paraissaient malades; certains gisaient même, déracinés, sur le sol humide. Quand aux animaux, il n’y en avait guère, en tous cas pas autant qu’attendu; elle aperçut quelques oiseaux chétifs qui semblaient avoir du mal à s’ envoler,  et de vulgaires lombrics qui trainaient mollement leur chair visqueuse dans la boue.

Ici, la nature s’éteignait en une lente agonie. Cela lui fit penser à la berceuse  que lui chantait, lorsqu’elle était enfant, son grand père Hetf:

« Life it seems to fade away, drifting further everyday »…

 

« Pas très rose ta vie, mon vilain » songea-t’ elle

 

Attristée et affamée, elle décida d’abréger cette sinistre promenade.

 

« J’ai les crocs le schtroumpf  , tu m’emmène diner dans ta suite? 

 

-Si tu veux, suis moi, je n’habite pas loin »

 

Malgré sa démarche hésitante, il ne tardérent pas à arriver à la cabane du farfadet : celle-ci n’était distante que de quelques centaines de metres et La Peste était tant affamée qu’elle aurait pu courir si elle avait connu le chemin.

Elle était construite en haut d’un immense chêne dont les branches étaient plus larges que ses cuisses potelées.

Du pied, le feuillage était si dense qu’on ne distinguait qu’un mince pan de mur. Comme ailleurs, aucun gazouilli ou battement d’ailes  ne troublait  le silence.

Si ce chêne était en aussi bonne santé que ses congénères, La Peste ne trouvait pas tres prudent d’y avoir bati une cabane.

« Comment allons nous monter ? »

Jojo ouvrit alors une petite trappe dissimulée derrière un nœud du tronc de l’arbre ; a l’intérieur, un système de poulie dont il actionna le mécanisme. Du sommet, leur parvint aussitôt une échelle faite de brins d’herbes noués en nattes et de planches de bois vert. La stabilité de l’engin semblait précaire

« eh oh ! te moquerais tu de moi ? tu prétends me faire monter à ta piaule avec cette échelle ? Je te rappelle que je suis en robe et en talons ! 

-pff, tu n’es pas vraiment équipée pour une virée en forêt ! mais au fait, tu es une véritable sorcière non ? N’as-tu pas de balai magique ? Aucun sortilége te permettant de voler ?

 

-je suis une repentie, j’ai laissé mon balai dans le placard… merde, le placard ! J’y ai enfermé Garth mon gnome ostrichien, mais je crois bien que j’ai omis de lui laisser de quoi se nourrir…

 

-aie ! Bon, voilà ce qu’on va faire : je monte, puis tu t’accrocheras à l’échelle et je te hisserai grâce à la manivelle.Mais enleve au moins tes escarpins, de toutes façons ils ne ressemblent plus à rien ; je te filerai des bottes en peau de hamster séché pour les remplacer »

 

Et voici notre farfadet gravissant agilement l’échelle brinquebalante, tandis que la sorcière déchue abandonnait ses précieux souliers au pied d’une racine. Ravie, la souris qui nichait là se dit qu’elle avait enfin trouvé un bon lit dans lequel se réchauffer.

Lorsqu’il fut arrivé en haut du chêne, La Peste n’appercevait plus le corps déformé du malheureux.Par contre, elle entendit sa voix grêle lui crier :

« Vas y , monte sur l’échelle et cramponne toi , je vais actionner la poulie ! »

 

La Peste s’éxecuta : les deux pieds, desormais nus, posés sur la première planche (« pourvu qu’elle ne céde pas, j’ai un peu abusé des sardines ces derniers temps.. »), elle aggripa une corde de sa main gauche, la droite tenant fermement la poignée de sa valise. Du faîte, elle entendit alors le grincement de rouages métalliques, et l’échelle se mit brusquement à remonter de plusieurs mètres.

 

Surprise par ce mouvement soudain, son petit cœur tout rose se mit à battre la chamade, puis un serpent qui observait la scène d’un œil amorphe la vit s’affaler telle une loutre alcoolisée, les pieds coincés entre la planche et les cordes, la tête enfouie dans une vieille bouse séchée, la robe relevée aux genous, laissant apercevoir un vieux jupon mal lavé.

 

Jojo s’écria de nouveau :

 « Je t’avais prévenue de faire attention ; tu es trop lourde, le système va craquer, laisse donc ta valise, je viendrai la chercher plus tard ! »

 

« Trop lourde, trop lourde » grommela t’elle en se relevant avec dignité « tu sais ou tu peux te carrer tes glands sale nabot. »

 

Continuant à pester, elle remonta sur l’échelle, abandonnant cette fois sa valise (« adieu mes précieuses robes, mes bijous fantaisie et mes dessous en dentelle ! »). Elle s’agrippa fermement cette fois et lui hurla : « vas y petit tu peux hisser la lourdasse ! ».

 

Une nouvelle fois, le départ fut brutal mais elle ne se laissa pas surprendre, un bain de bouse lui suffisait.

A mesure qu’elle s’éloignait du sol, le feuillage se faisait plus dense, elle ne distinguait ni n’entendait plus rien que le bruissement des feuilles. Puis elle senti un timide rayon de soleil sur son visage sale, et aperçut le farfadet, suant et rougeaud, tenter de la hisser vers la plateforme  en bois qui supportait le cabanon.

Lorsqu’elle fut proche de lui, le visage crispé par l’effort, il tendit les mains pour l’aider à quitter l’échelle.

 

C’est alors qu’il commis une erreur, il plongea son regard dans le sien, et il fut perdu.

 

Il ne s’attendait pas à ce qui allait se passer. Il ne ressenti aucune douleur physique. Il ne fut pas changé en animal monstrueux. Aucun furoncle ne vint éclore sur sa peau flétrie.

Mais il songea se noyer dans ses yeux de saphir. Il su dans l’instant que, quelque  fut le nom que portait ce qu’il ressentait, haine, amour ou désir, il ne pourrait plus l’abandonner, même s’il devait mettre sa vie en jeu. Il se savait desormais envoûté et pris au piège, il étouffait d’angoisse et d’exaltation.

 

Pourtant, en cet instant, l’objet de son tourment ressemblait plutôt à un mérou déshydraté échoué sur un banc de sable. Agenouillée sur les planches, les cheveux collés de bouse fétide, elle haletait comme un chiot affamé.

Avec précautions, il lui tendit la main, et la guida jusqu’au seuil. Sur le paillasson, elle put lire une étrange inscription « Welcome home (sanatarium) ». Puis elle entra, espérant pouvoir se laver et se nourrir. Derrière elle, Jojo pleurait.

Par jojodi
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 12:04

«  - Foutue pluie qui trempe ma si belle chevelure !

 -abruti de gnome dégénéré qui ose m’offrir une friteuse pour mon anniversaire ! Il me prends pour qui ?

- j’en ai plein les escarpins des frites, des sardines et des gâteaux !

-je ne suis pas une sorcière, je vais leur montrer que je sais être la fée la plus gentille et la plus jolie du monde parce que la guerre et la maladie c’est pas beau ! »

 

La Peste était  passablement énervée. Il faut dire qu’elle n’était  guère reluisante, avec ses mêches plus très blondes collées à son front dégoulinant et sa valise cabossée brinquebalant dans la boue humide.

Quelle bonne idée de tout plaquer par une si belle matinée ! En plus, elle ne savait  vers ou se diriger. C’était bien beau de vouloir devenir une fée, mais qui pourrait l’aider ?

Elle n’avait que quelques sous en poche, son  activité de taxidermiste lui rapportait peu.

 

Elle portait ses plus beaux habits en l’honneur de ce nouveau départ, mais l’averse avait tout gâché. Sa belle robe en peau de sardines grillées dégoulinait d’eau sale et ressemblait désormais à un vieux sac poubelle recyclé ; ses chaussures en fourrure de chat borgne étaient toutes crottées et l’un des talons était brisé, si bien qu’elle tanguait dangereusement, manquant s’étaler a chaque pas dans la première flaque venue.

 

Après de longues minutes de marche claudicante, notre sorcière repentie arriva à un croisement,  où trois chemins, signalés par des panneaux de bois, promettaient l’évasion :

 

sur le premier, on lisait : « vers la ville où l’argent coule a flots »

 

- le deuxieme  proposait de la conduire vers « la plage ou le sable et le soleil vous réconforteront »

 

-enfin, le troisième menait apparemment a un centre de vacances pour « jeunes sorciers beaux, riches, intelligents, sexys, musclés et célibataires ».

 

« Saperlipopette ! » se dit La Peste, « pas la moindre école de fées à l’horizon ».

 

Il lui fallait cependant faire un choix, pas question de rebrousser chemin. Quelle décision prendre ?

Le suspense fut de courte durée …

 

Ici, nous faisons volontairement une pause, le temps de vous permettre de réfléchir à la solution la plus probable pour cette pauvre enfant .

 

Il faut cependant vous dire que La Peste n’était pas femme vénale, l’argent ne l’intéressait que moderément . Elle n’aimait pas non plus le soleil, dont les coups risquaient d’alterer sont teint d’albâtre.

 

C’est ainsi qu’elle choisi d’aller rendre visite aux jeunes sorcier célibataires…dans le seul but d’y dénicher un professeur des arts féériques bien entendu !

 

 Ragaillardie, elle s’engagea donc d’un pas plus léger sur le dernier chemin.

 

Malheureusement, l’euphorie ne dura pas, puisqu’elle se rendit rapidement compte qu’il lui fallait traverser une sombre forêt aux arbres menaçants, sans doute hantée par de grosse bêtes qui font peur.

« Courage ma grande, tu es une sorcière après tout » se dit-elle, et elle penetra, decidée, le bois obscur.

Sans daigner se l’avouer, elle fut rapidement effrayée par les bruits inquietants lui parvenant des fourres. De plus, bien que la pluie eut cessé, l’epaisse végétation lui masquait les rayons du soleil et elle avançait dans une demi pénombre, pas tres rassurante.

Sa chaussure brisée lui jouait des tours, elle trebuchait sur chaque racine ou caillou. A mesure que sa robe sêchait , s’en dégageait une odeur de poisson rance.

Elle marcha ainsi plusieurs heures, épuisée mais tellement apeurée qu’elle ne voulait pas s’arrêter.

 

Alors qu’elle désespérait de trouver un jour le refuge des beaux mâles, elle aboutit soudain à une clairière. A sa grande déception, en guise de bellâtre, elle n’appercut qu’un être chétif, à genous dans les feuilles mortes, qui lui fit penser à une variété  de gnome bossu et prognate (« putain encore un gnome, ils me poursuivent les avortons ! »).

 

« - hola le nabot que fais tu le derriére dans la boue ?

 

-aaahhh !

 

-eh du calme, pourquoi cries tu minipouce ?

 

-je te reconnais, j’ai maintes fois entendu parler de toi, tu es La Peste, la cruelle sorcière !

 

-mais diantre, sacrebleu, vous allez encore longtemps me casser les miches avec ce surnom débile ? Regarde moi manant, pourquoi aurais tu peur de moi ? As-tu  vu ma degaîne ?

 

-non, je ne te regarderai pas, je sais que quiconque ose soutenir le regard de tes yeux perçants sera maudit pour l’éternité !

 

-mais n’importe quoi ! C’est quoi ces légendes débiles ! tu te crois dans un conte ? allez, lève ta sale tête, mais pas trop haut pour ne pas m’effrayer à ton tour

 

-je n’ose pas, vas t’en La Peste, laisse moi ramasser mes glands. Que fais tu ici d’abord ? Tu ne sais pas que c’est dangereux pour une jeune fille, même une sorcière ?

 

-dangereux ? pourquoi diable ?

 

-dans cette forêt rode Gash l’ogre lubrique, prie pour ne jamais tomber sur lui…

 

-que veux tu qu’il me fasse ? je saurais me défendre, tu sembles oublier que je suis une puissante sorcière .

 

-à ta guise, je t’aurais prévenue

 

-et toi , qui es tu le gnome? vis tu dans ce sinistre endroit ?

 

-je ne suis pas un gnome, je suis Jojo le farfadet mais mes amis me surnomment frisquette la belette car je suis très trouillard. Je vis dans une cabane au sommet d’un arbre non loin d’ici, et là, je ramasse des glands pour me nourrir. Et toi, tu ne m’as pas répondu, que fais tu en ce sombre lieu ?

 

-je cherche le chemin qui mène aux jeunes sorciers beaux, riches, intelligents, musclés,sexys et celibataires

 

-tu n’en trouveras pas ici

 

-oui, je vois ca… »

 

Un peu rassuré par la tournure de la conversation, la misérable créature leva son triste visage vers La Peste. Elle n’était pas si effrayante qu’il l’aurait cru, elle était même jolie pour une sorcière. Mieux valait continuer à s’en méfier malgré tout.

 

Quant à La Peste, les longues heures de marche harassante l’avaient affamée et son estomac protestait.

 

« -j’ai faim, as-tu quelque-chose  à me proposer ?

-ici, je n’ai guère que quelques glands, qui ne seront sans doute pas à ton goût. Mais si tu m’accompagnes à ma cabane, tu auras de quoi manger à ta faim.

 

-ca marche,tout pourvu que ce ne soient pas des sardines ; mais on se fait une petite visite avant ?

 

-une visite de quoi ? 

 

-montre moi les alentours, j’aime bien savoir où je mets les pieds au cas ou les chosent se passent mal »

Par jojodi
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 11:58

 Notre histoire se déroule au pays des gnomes et des lutins, des fées espiègles et des ogres gourmands.

 

Notre heroïne habite une toute petite maison, dans un tout petit village, que l’on appelle Laihodeneem ; ce qui, en langue elfique, signifie « la terre de l’ennui éternel ». La vie y est morne, seuls de vieux ogres sevrés de chair fraiche habitent généralement ces lieux désolés. Le soleil s’y couche plus tôt qu’ailleurs, on n’y entends jamais de rires et la nourriture y est pauvre (quelques maigres poissons gorgés d’huile tout au plus).

 

En cet endroit étrange donc, réside une mystérieuse créature. Nul ne sait s’il s’agit d’une fée ou d’une sorcière. Nul ne connaît son nom, on ne l’appelle que La Peste.

 

Est-elle tellement méchante ? Pourquoi ce surnom si cruel ?

 

La Peste ne cause pourtant que peu de tort à ses concitoyens.

 

Absente la majeure partie du jour, pour quelque sombre activité sans doute, elle ne gagne sa misérable demeure que le soir venu. Elle ne se nourrit que de poisson et de sucres, parfois d’un triste gâteau mitonné par son gnome privé.

 

Cependant, si l’on questionne ce pauvre hère (il s’appelle Garth), il n’a guère de mots tendres pour sa patronne :

« Elle me fout les jetons La Peste : malgré son regard bleu ravageur et son sourire enjôleur, je sais qu’ elle est cruelle ; alors, chaque fois qu’elle me regarde, j’obèis : je fais son ménage, et il y a du boulot croyez moi ; je lui confectionne des plats succulents, mais elle n’est jamais satisfaite. Je voudrais bien un autre job, mais elle paie bien ! »

 

Mais, en fait, ne nous fions pas à ces vilaines apparences : La Peste n’est pas une créature méchante, elle s’ennuie simplement.

 

Elle est née sorciére mais voudrait être fée ; elle n’a jamais goûté aux joies du mal, elle aimerait bien mieux faire le bien. Depuis l’enfance, elle a décidé de ne jamais utiliser ses dons pour tourmenter les faibles, elle n’a donc jamais appris a les maitriser. Pauvre petite chose blonde et maladroite, elle ne sais même pas faire la cuisine !

 

Aujourd’hui, c’est son anniversaire, et cet ingrat de gnôme n’a rien trouve de plus original que de lui offrir une friteuse ! Pff ras le bol de cette vie et de tous ces idiots ! C’est décidé, en ce funeste jour, elle plaque son taudis et son larbin, elle se tire à la recherche de quelq’un qui saura lui enseigner comment devenir « la fée la plus jolie et la plus gentille du monde, parce que la guerre et la maladie c’est pas beau » (elle concouru jadis pour le titre de miss de Laihodeneem…)

 

Ainsi la voilà partie, le cœur léger et la valise lourde, sous une pluie battante (quand on n’a pas de chance…), à la recherche du bonheur.

 

Non c’est un peu trop lourd cette phrase, je recommence :

 

Ainsi la voila partie, sous une pluie battante, trainant sa vieille valise dans la boue (ce n’est pas beaucoup mieux mais bon…).

Nous débutons notre récit à cet instant.

Par jojodi
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